Transport aérien : les compagnies aériennes mal placées pour faire la leçon aux syndicats
14 octobre 2026
Le syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) dénonce les propos tenus par les dirigeants des principaux transporteurs aériens canadiens à l’endroit des syndicats lors de la Journée de l’aviation du Canada, qui se déroulait les 7 et 8 octobre derniers. Alors que les compagnies aériennes multiplient les critiques envers leurs propres travailleuses et travailleurs, le SCFP rappelle que les relations de travail sont une responsabilité partagée et que les syndicats ne peuvent pas porter le blâme des difficultés économiques vécues dans l’industrie aérienne.
« C’est désolant d’entendre les dirigeants de ces entreprises présenter leurs propres employé(e)s comme un problème, comme si leur travail coûtait toujours trop cher et leurs revendications étaient toujours excessives. Ce sont pourtant ces travailleuses et travailleurs qui assurent les opérations, veillent à la sécurité des passagers et offrent les services à la clientèle. Sans eux, aucun avion ne décolle et aucune compagnie aérienne ne fait de profits. Un employeur de choix devrait être fier d’améliorer leurs conditions de travail plutôt que de leur reprocher de vouloir vivre dignement », déclare Marie-Hélène Nadeau, vice-présidente du secteur aérien du SCFP.
Le SCFP rappelle que les syndicats ont dû mener d’importantes batailles pour obtenir une forme partielle de rémunération des heures travaillées au sol par les agent(e)s de bord. Selon les données recueillies par le syndicat, ces personnes effectuent en moyenne 35 heures de travail non rémunéré chaque mois, notamment lors de l’embarquement, du débarquement et des vérifications de sécurité. Malgré les gains obtenus chez certains transporteurs, cette réalité persiste dans l’industrie. Loin de constituer une demande déraisonnable, la revendication syndicale consiste simplement à être payé pour les heures travaillées.
Les dirigeants des transporteurs aériens sont également bien mal placés pour faire porter aux syndicats la responsabilité des perturbations dans l’industrie. Les grèves du personnel de cabine d’Air Canada en 2025 et de WestJet en 2026 n’ont duré respectivement qu’un peu plus de trois jours et environ 28 heures, tandis que celle des mécaniciens de WestJet en 2024 s’est terminée après seulement 53 heures. Des conflits particulièrement courts lorsqu’on sait qu’en 2025, la durée moyenne d’une grève dans le secteur privé canadien atteignait 36,5 jours ouvrables.
Pour le SCFP, les récentes déclarations patronales sont d’autant plus préoccupantes qu’elles surviennent au moment où le gouvernement fédéral cherche, avec son projet de loi C-39, à modifier les règles encadrant les conflits de travail. Le syndicat s’inquiète particulièrement des dispositions qui permettraient au gouvernement d’ordonner le retour au travail et d’imposer un mécanisme d’arbitrage contraignant dans certaines circonstances. De telles interventions risquent de déséquilibrer davantage les négociations au profit des employeurs.
« Ce qui m’inquiète le plus, c’est de voir l’enthousiasme des dirigeants du secteur pour un projet de loi qui pourrait affaiblir le droit de grève. Nous avons vu, lors du conflit chez Air Canada en 2025, ce qui arrive lorsque le gouvernement fédéral intervient au bénéfice d’un employeur. Si les compagnies savent qu’elles peuvent compter sur Ottawa pour mettre fin à une grève, quel intérêt auront-elles à négocier sérieusement? On risque de récompenser les employeurs qui font traîner les négociations et de priver les travailleuses et travailleurs de leur principal moyen de pression. Le rapport de force ne doit pas être décidé d’avance en faveur des compagnies aériennes », conclut Marie-Hélène Nadeau.
Le SCFP invite les transporteurs aériens à reconnaître la contribution indispensable de leur personnel et à privilégier des relations de travail fondées sur le respect, la négociation de bonne foi et l’amélioration des conditions de travail plutôt que sur la confrontation et la recherche d’interventions gouvernementales.
