Privatisation du transport : un modèle éprouvé… pour ses échecs
10 mars 2026
En réaction aux déclarations de Bernard Drainville souhaitant recourir davantage au privé en matière de transport collectif, il importe de rappeler que le privé est déjà omniprésent dans le réseau québécois et que cette formule, loin d’être une économie réelle, a démontré une diminution de la qualité du service. Dans un contexte d’augmentation du coût de l’essence, le SCFP soutient qu’il faut offrir des alternatives économiques à la population grâce à un réseau de transport collectif efficace pour tous et toutes.
La privatisation du transport collectif, une idée tentée ailleurs qui a mené à la dégradation du service
L’exemple britannique est éloquent : la privatisation du réseau d’autobus a généré des hausses de tarifs, une chute de l’achalandage et un service fragmenté et peu fiable, malgré d’importantes subventions publiques versées aux opérateurs privés. Les profits ont augmenté pour ces entreprises, mais la qualité du service n’a pas suivi, car ces sommes n’étaient pas réinvesties dans le réseau.
« Le Royaume-Uni a déjà joué dans ce film-là et ce fut un échec lamentable. Des villes comme Londres et Manchester ont dû reprendre le contrôle du réseau d’autobus sur leur territoire dans les années 2000 et 2010 pour corriger les effets d’un modèle privé défaillant. Apprenons de leurs erreurs », d’avancer Dominic Aubry, coordonnateur du secteur transport terrestre au SCFP.
RCGT vs IRIS : une vision incomplète
L’audit RCGT mis de l’avant par M. Drainville s’attarde principalement sur les coûts et encourage une hausse de la sous-traitance. Or, cette analyse néglige la qualité du service, pourtant essentielle aux usagers. À l’inverse, une étude récente de l’IRIS démontre que la seule société de transport entièrement privée au Québec affiche le pire bilan en matière de ponctualité, de bris et de plaintes, ce qui contredit directement l’idée qu’un recours accru au privé améliorerait le service.
Le privé est déjà bien implanté… et bien syndiqué !
Le Québec compte 10 sociétés de transport en plus de l’ARTM, l’audit gouvernemental de 2024 a évalué précisément ces organisations. Exo, l’une d’entre elles, sous‑traite 100 % de ses activités au privé. Bien qu’elle soit présentée comme un modèle dans l’audit, elle n’a pourtant pas amélioré la fiabilité du service. Plusieurs branches de la société de transport sont d’ailleurs également syndiquées, les travailleurs et travailleuses ayant fait ce choix bien que la société soit une entreprise privée. Une chose n’empêchant pas l’autre.
Pire encore, les principaux opérateurs privés dans les couronnes de Montréal, dont Keolis et Transdev, sont liés à des groupes internationaux. Une part des fonds publics investis dans leurs contrats quitte donc le Québec sous forme de dividendes, au lieu d’être réinjectée dans l’amélioration du service à la population.
La solution est simple
Le SCFP rappelle que la solution à un transport collectif fiable, fréquent et accessible, réside dans un financement adéquat. Il faut se concentrer sur la qualité du service plutôt que sur des économies qui n’en sont que sur papier. L’amélioration du service attirera par ailleurs plus de clientèle, d’autant plus que cette offre est primordiale actuellement avec l’explosion du prix de l’essence.
« Lancer des idées conservatrices dans l’espace publique et voir ce qui colle en termes de politique publique, c’est irresponsable. Dans un contexte de crise du coût de la vie, le transport collectif est l’un des moyens les plus concrets d’aider les familles à économiser, mais encore faut-il en faire une priorité », de conclure Katherine Bouclin, présidente du Conseil provincial du transport terrestre du SCFP.
Il y a une urgence d’agir en transport collectif au Québec. Un rapport du HEC, commandé par le SCFP, est d’ailleurs attendu dans les prochains jours. Ce dernier portera notamment sur les angles morts de l’audit RCGT.
