Les fonctionnaires municipaux en colère
24 mars 2005
Montréal, le jeudi 24 mars 2005 – Déjà
fort inquiets de l’annonce de compressions décrétées par le
gouvernement Charest, c’est avec indignation que les fonctionnaires
municipaux affectés à l’aide sociale ont appris la nouvelle de
compressions de 150 millions à l’aide sociale. Non remis de la
ponction effectuée par ce gouvernement l’an dernier, qui s’est
soldée par la mise à pied de plus d’une centaine de fonctionnaires,
ils qualifient d’irresponsable et d’indécente la décision du
gouvernement de soutirer aux plus démunis pour en redonner aux
mieux nantis.
Déjà aux prises avec de sérieux problèmes de
violence au travail, de détresse psychologique et d’épuisement
professionnel, les fonctionnaires appréhendent le retour de mesures
musclées auprès de la clientèle. Cela est sans compter que cette
décision entraînera, selon les prévisions, une réduction des
effectifs de l’ordre de neuf pour cent alors que la diminution du
nombre de bénéficiaires est estimée à un peu plus d’un pour cent.
D’autre part, les fonctionnaires ont été informés que la Ville de
Montréal s’apprête à réorganiser, une fois de plus, ses services
afin d’atténuer les effets des compressions sur la clientèle
montréalaise, ce qui occasionnera d’autres problèmes.
«On a vraiment affaire à un gouvernement irresponsable», a
déclaré Daniel Papillon Demers, président du Syndicat des
fonctionnaires municipaux de Montréal (SFMM, SCFP-FTQ). «S’en
prendre ainsi aux plus pauvres pour concrétiser une promesse
électorale, cela n’a aucun sens», affirme le président. «Et
bien que nous concevions l’indignation et la colère des assistés
sociaux, nous leur demandons de ne pas s’en prendre directement aux
employés mais plutôt au gouvernement Charest.»
Daniel Papillon Demers est préoccupé par la santé des femmes et des
hommes qui travaillent à l’aide sociale. Une étude réalisée à
l’université Laval, commandée par le SFMM et déposée au ministère
de l’Emploi et de la Solidarité sociale a identifié trois grands
problèmes chez le personnel: stress, épuisement professionnel et
violence au travail. À partir de cette étude, les différentes
parties concernées travaillent à la recherche de solutions. Mais
l’annonce de nouvelles compressions à l’aide sociale pourrait bien
mettre en péril les moyens envisagés par les parties. Cela est sans
compter toute l’incertitude engendrée par le moratoire imposé par
le gouvernement à l’égard des prévisions budgétaires.
Rappelons qu’à Montréal, contrairement au reste du Québec, la
gestion de l’aide sociale revient à l’administration municipale.
Lors de la crise économique des années 1930, Montréal avait
instauré le secours direct. Plus tard, quand le gouvernement du
Québec a établi un programme général d’aide sociale, il a permis à
la Ville de Montréal de continuer de s’occuper des plus mal-nantis
sur son territoire. Ce régime de responsabilités particulières a
été consigné dans une entente entre la Ville et le gouvernement du
Québec en 1972, entente périodiquement renouvelée depuis.
Le SFMM (SCFP-FTQ) représente les quelques 8000 fonctionnaires
municipaux qui travaillent tant à la Ville de Montréal qu’aux
sociétés paramunicipales telles la Société du Parc des Îles (SPI),
la Société de développement de Montréal (SDM), la Société
d’habitation et de développement de Montréal (SHDM), l’Office
municipal d’habitation de Montréal (OMHM), le Parc Six Flags
Montréal, la Cité Nordelec inc., la Corporation Anjou 80 et
Stationnement de Montréal. En plus du secteur municipal, le SCFP
est présent dans 10 autres secteurs d’activités au Québec, entre
autres, la santé et les services sociaux, l’éducation, les
universités, les transports urbain et aérien, l’hydroélectricité,
les sociétés d’État et organismes publics québécois ainsi que les
communications. Comptant au total près de 100,000 membres au
Québec, il est aussi le plus important syndicat affilié de la FTQ.
