2010-03-20
08:43:59Nouvelle
Lettre ouverte des chefs syndicaux
Le défi de la pérennité de nos services publics
Aujourd’hui, des milliers d’employés de l’État, membres du Front
commun intersyndical SISP-CSN-FTQ, marchent pour exprimer leur
inquiétude par rapport aux intentions du gouvernement quant à
l’avenir des services publics. Ils veulent des solutions aux
problèmes quotidiens qu’ils vivent et qui ont des impacts directs
sur les services offerts à la population.
Toutes les Québécoises et tous les Québécois doivent se sentir
interpelés. Qu’il s’agisse de la santé, de l’éducation, de
l’entretien des infrastructures, de la sécurité des routes et des
aliments, de la protection de l’environnement, nos services publics
sont des choix collectifs. Ils assurent un filet de sécurité
sociale essentiel et constituent le meilleur outil de
redistribution de la richesse. Pour les préserver, la recherche de
solutions négociées est absolument incontournable.
Retenir l’expertise et assurer la
relève
Nos services publics sont menacés par la difficulté d’y attirer et
d’y retenir une main-d’œuvre compétente. Or, la pénurie de
personnel se fait déjà sentir dans toutes les catégories d’emplois
depuis plusieurs années. Elle va s’aggraver, à cause des départs
massifs à la retraite, de mauvaises conditions de travail et d’une
rémunération non concurrentielle. Travailler pour l’État québécois
est de moins en moins attrayant. Y demeurer relève même de
l’exploit!
Les travailleuses et travailleurs des services publics constatent
chaque jour les conséquences du manque de personnel. Si aucune
catastrophe grave ne s’est produite, c’est grâce à leur dévouement
qui a su maintenir le niveau de services malgré le manque criant de
ressources. Cette situation ne peut pas durer éternellement.
Profitant de la dégradation des conditions de travail dans les
réseaux publics, le secteur privé prend de plus en plus de place en
offrant des services à prix forts.
Les boucs émissaires
En 2005, en pleine période de croissance économique, le
gouvernement Charest a décrété nos conditions de travail jusqu’au
31 mars 2010. À quelques jours de cette échéance, le bilan est
lourd : le pouvoir d’achat des salariés a chuté de plus de 3 % et
ils ont de plus en plus de peine à offrir les services de qualité
auxquels la population a droit.
Les salariés refusent d’être les boucs émissaires du retour à
l’équilibre budgétaire, d’autant plus qu’ils seraient mis à
contribution à la fois en tant que salariés et en tant que
contribuables. N’est-ce pas le gouvernement Charest lui-même qui a
détérioré la situation, notamment en se privant de cinq milliards
en revenus récurrents depuis cinq ans? Il prend maintenant cette
situation pour prétexte afin de justifier sa proposition de hausses
de 5% sur cinq ans, bien en deçà des prévisions d’inflation et loin
de ce qui est prévu dans le secteur privé.
Les travaux aux tables de
négociation piétinent
Non seulement le gouvernement propose-t-il des augmentations
salariales insuffisantes, mais les travaux aux tables de
négociation piétinent toujours. Les représentants patronaux
réclament des reculs majeurs dans les conventions collectives. Ils
ne proposent aucune réponse concrète pour régler les problèmes
vécus tous les jours dans les milieux de travail et n’ont pas
d’ouverture à discuter des enjeux à la base de notre négociation.
L’échéance du 31 mars avance pourtant à grands pas.
Ces négociations sont cruciales pour l’avenir des services publics.
Le Front commun a pris tous les moyens pour se faire entendre, sans
recourir jusqu’ici à des moyens lourds. Nous avons voulu laisser
toutes les chances à la négociation pour trouver des solutions aux
problèmes, notamment de pénurie. Mettant leurs intérêts
particuliers de côté, les organisations syndicales ont formé un
Front commun historique regroupant plus de 475,000 salariés de
l’État. Persuadés que le bon sens allait triompher, nous avons
déposé nos propositions plus de six mois avant l’échéance des
conventions collectives. Hélas, jusqu’à maintenant les réponses du
gouvernement ne témoignent d’aucun respect pour ses salariés. Nous
sommes déçus de la tournure des événements. La manifestation
d’aujourd’hui vise à rappeler notre détermination: nous voulons un
règlement juste pour les travailleuses et travailleurs des services
publics.
Pour le Front commun
Dominique Verreault
Secrétariat intersyndical des services publics (SISP)
Claudette Carbonneau
Confédération des syndicats nationaux (CSN)
Michel Arsenault
Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ)
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