2008-01-15
00:01:09Nouvelle
Utilisation alléguée de scabs
Le Journal de Québec passe ses commandes à Canoë
Le directeur de l’information, Donald Charette, a dit ignorer s’il
existait une entente écrite entre le Journal de Québec et Canoë.
Photo MMQ Léopold Rousseau
(MMQ)Depuis le mois de juin, le directeur de l’information du
Journal de Québec demande à «l’agence de presse» Canoë de couvrir,
à Québec, des événements qui étaient habituellement couverts par
les journalistes qui sont actuellement en lock-out.
Appelé à la barre des témoins, hier, au premier jour des audiences
de la Commission des relations de travail visant à débattre de
l’utilisation alléguée de briseurs de grève par le quotidien de
Vanier, Donald Charette a affirmé que Canoë, une branche de
Quebecor, est «une source
d’information qui nous permet de couvrir Québec».
«Depuis le début du conflit, qui
couvre les événements auxquels étaient normalement assignés les
journalistes syndiqués?» lui a demandé Me Yves Morin, l’un
des avocats représentant les syndiqués.
«Canoë», a répondu Donald
Charette, qui a reconnu que Canoë fournit du contenu journalistique
seulement depuis le début du conflit, le 22 avril 2007.
«C’est un site Internet qui est
devenu un fil de presse nous fournissant du contenu», a-t-il
spécifié.
Donald Charette a cependant dit ignorer s’il existait une entente
écrite entre le Journal de Québec et Canoë. Il ignore aussi combien
coûtent les services de Canoë.
10 pour faire le travail de 64
M. Charette a dit qu’il envoyait chaque soir, à Louis Gosselin, de
Canoë, un avis contenant les événements à couvrir pour le
lendemain. Il reçoit, le lendemain, un «avis de ce qui sera couvert dans la
journée».
À l’avocat du SCFP qui lui demandait s’il agissait de la même
manière avec une autre agence de presse telle la Presse canadienne,
le directeur de l’information a répondu qu’il «arrive» qu’il demande à la PC de
couvrir des événements.
Il a aussi affirmé que la production locale du journal était
assurée par dix employés-cadres de la rédaction. Ces dix personnes,
a-t-il dit, font le travail qui était effectué, avant le
déclenchement du conflit, par trente-cinq journalistes, seize
pupitreurs, onze photographes et trois statisticiens.
Certains employés-cadres ont été embauchés quelques mois avant le
22 avril, dont le directeur adjoint de la section sportive, André
Létourneau. Ce dernier, a dit Donald Charette, a été sorti de la
retraite «parce qu’on considérait
qu’on avait besoin d’un meilleur encadrement aux sports».
Erreurs de signatures
L’avocat Morin a longuement interrogé le témoin sur les signatures
des textes publiés dans le Journal de Québec en provenance de
Canoë. M. Charette s’est dit incapable d’expliquer pourquoi
certains étaient signés Canoë, tandis que d’autres étaient
attribués au Journal, au Journal de Québec, à Canoë-Argent, à
l’agence Nomade, quand ils n’avaient carrément pas de signature.
Donald Charette a soumis que l’hypothèse la plus plausible était
une erreur lors de la mise en page.
Me Morin lui a signifié, preuves à l’appui, une vingtaine d’erreurs
de signatures, uniquement en examinant les articles écrits par les
intimés Bernard Plante et Dominic Salgado qui ont été reproduits
dans le Journal de Québec.
Les audiences de la Commission se poursuivront le 28 janvier.
Tout a commencé avec Communication
Ferron
Avant de fournir des textes aux agences Canoë et Nomade, le
journaliste Bernard Plante a vendu, dans les semaines qui ont suivi
le déclenchement du lock-out, des textes à la firme Communication
Conseil Ferron, dont certains se sont retrouvés dans le Journal de
Québec.
«En mai 2007, j’ai été approché
par Communication Conseil Ferron, une boîte de consultants pour
laquelle j’ai travaillé pendant trois semaines. Ils m’ont commandé
des textes et certains ont été publiés dans le Journal de
Québec», a dit M. Plante, lors de son témoignage devant la
commissaire Myriam Bédard, hier.
L’intimé affirme ne pas savoir s’il y avait une quelconque entente
entre le Journal de Québec
et la firme de consultants de Québec.
L’ex-journaliste de TVA a relaté avoir ensuite été sous contrat
avec Canoë pour la période du 4 juin au 4 septembre.
«On nous a dit que Canoë allait prendre la relève, que Canoë avait
décidé d’avancer le développement de son portail Internet et avait
besoin d’employés (…) pour produire des articles sur Internet qui
seraient disponibles pour toutes les entités de Quebecor.»
Nomade
Puis, en septembre, c’était au tour de l’Agence Nomade, dirigée par
Sylvain Chamberland (ancien directeur chez TVA et RadioMédia), de
prendre le relais et de devenir le fournisseur de textes de Canoë.
Il a ajouté qu’il envoyait ses textes à Louis Gosselin (il a
contredit Donald Charette en affirmant que ce dernier besognait
pour Nomade, et non Canoë) ou Yves Mallette, lesquels travaillent
depuis leur résidence de Saint-Jean-sur-Richelieu.
«Canoë achète l’information de
Nomade, qui cède ses droits à Canoë.»
«Ça ne me concerne pas»
Par ailleurs, Bernard Plante n’a abordé que du bout des lèvres la
situation au Journal de
Québec, refusant de discourir sur la publication de ses
articles dans le quotidien en conflit depuis presque neuf mois.
«Moi, je suis payé par Nomade pour envoyer des articles à Nomade.
La suite ne me concerne pas.»
M. Plante a cependant reconnu qu’à Québec, «il y a bien du monde qui parle du conflit».
«Un coin de la couverture»
(MMQ) - «On savait déjà que le
journal était en partie produit à Toronto, Mirabel et Kanata,
maintenant nous savons qu’il est aussi fait dans une maison de
Saint-Jean-sur-Richelieu.»
Visiblement heureux que les audiences de la Commission des
relations de travail débute, après deux mois d’attente, le
porte-parole des syndicats du Journal de Québec, Denis Bolduc, a
soutenu que les témoignages d’hier «démontrent clairement que l’utilisation de
Canoë par le Journal de Québec est une conséquence directe du
lock-out» décrété par Quebecor, le 22 avril 2007.
«On a levé un coin de la
couverture sur les tactiques de Quebecor pour continuer de publier
le Journal de Québec.»
Quant au témoignage du directeur de l’information, Donald Charette,
M. Bolduc a dit qu’on «a eu des
réponses surprenantes et évasives par moments».
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