2008-03-27
08:00:17Communiqué
Des employés en lock-out du Journal de Québec
reçus par les TCA
Québec, le jeudi 27 mars 2008
– Demain vendredi, deux travailleurs en lock-out du
Journal de Québec seront
invités à prendre la parole devant quelque 600 délégués du Syndicat
des Travailleurs canadiens de l’automobile (TCA), à Port Elgin en
Ontario. La présentation des deux lockoutés aux membres des TCA
s’inscrit dans une grande tournée canadienne de sensibilisation qui
les mènera dans toutes les provinces canadiennes. Rappelons que le
lock-out au Journal de
Québec dure depuis plus de 11 mois maintenant.
Le porte-parole des 252 employés en conflit, Denis Bolduc, s’est
dit «ravi de l’invitation des
TCA, d’autant plus qu’il s’agit d’une très grande organisation
syndicale». Denis Bolduc signale par ailleurs que cette
tournée de sensibilisation se déroulera sur quelques mois,
«à moins que le bon sens triomphe
et que le conflit trouve son dénouement». La tournée vise
d’abord les organisations syndicales, rappelle-t-il, mais
«elle permet aussi de prendre
contact avec tous les groupes préoccupés par l’avenir des médias,
partout au Canada».
Les enjeux du lock-out
Les enjeux de ce conflit de travail sont multiples. N’en
mentionnons que quelques-uns. Pour les employés de bureau, ce sont
surtout des questions de sous-traitance et de délocalisation des
emplois. Pour ceux de l’imprimerie, c’est l’établissement de
conditions salariales différenciées. Pour les journalistes et
photographes, c’est la redéfinition même de l’exercice de leur
profession qui est dans la balance, une bataille pour la qualité de
l’information et la liberté de presse. À tous les groupes
d’employés, l’employeur demande de faire passer la semaine de
travail de quatre jours à cinq jours semaine sans aucune
compensation.
Onze mois de lock-out au
Journal de Québec
Les employés de bureau et de la rédaction du Journal de Québec sont sous le coup
d’un lock-out décrété par l’employeur le 22 avril 2007. Avant le
déclenchement du lock-out, aucun des trois syndicats n’avait
demandé de mandat de grève à ses membres ni même exercé de moyens
de pression. En solidarité avec leurs collègues jetés sur le
trottoir par la décision de Quebecor/Corporation Sun Media, les
employés de l’imprimerie ont voté la grève à 97%.
Aucun conflit de travail n’avait eu lieu depuis la fondation du
Journal de Québec en 1967.
Il y a environ deux ans, tous les employés syndiqués du
Journal avaient accepté de
reconduire la convention collective pour un an en partenariat avec
l’employeur pour mieux affronter son concurrent, Le Soleil, qui passait au format
tabloïd.
Au moment du déclenchement du conflit, le Journal de Québec dégageait des
profits nets annuels d’environ 25 millions de dollars et était le
numéro un dans son marché.
Selon les données de l’Audit Bureau of Circulations (ABC)
(organisme spécialisé dans l'évaluation de la distribution des
quotidiens partout sur le continent nord-américain), au moment de
l’annonce du lock-out le Journal
de Québec était celui qui avait connu la plus forte
progression au Canada (soit 2,5%, pour la période de six mois se
terminant le 31 mars 2007, du lundi au vendredi pour les quotidiens
de plus de 100,000 exemplaires).
La brutalité de ce lock-out, malgré la très grande profitabilité de
l’entreprise, fait dire aux syndiqués que Quebecor/Sun Media
pratique à leur endroit du «terrorisme économique».
Aucun piquet de grève n’a été érigé par les syndiqués depuis le
début du lock-out.
Depuis le 24 avril 2007, les employés en conflit publient et
distribuent cinq jours semaine 40 000 exemplaires du MédiaMatinQuébec, un quotidien gratuit
qu’ils ont créé, pour rappeler leur cause à la population de
Québec. Quebecor/Corporation Sun Media a entrepris plusieurs
recours judiciaires pour empêcher la publication du MédiaMatinQuébec. Toutes ces démarches
ont échoué.
Malgré le conflit, le Journal de
Québec continue d’être publié. Il est imprimé principalement
à Mirabel plutôt qu’à Québec.
Dans une décision rendue le 23 août 2007, en application de
l’article 109 du Code du
travail du Québec (dispositions anti-scabs), la Commission
des relations du travail (CRT) du Québec a ordonné à la direction
du Journal de Québec de cesser de recourir aux services de quatre
personnes qui remplissaient les fonctions de salariés en conflit.
De nouvelles plaintes concernant l’utilisation de travailleurs
illégaux ont été déposées par les syndicats en octobre et novembre
2007. Au total, ces plaintes visent 17 personnes. Des audiences de
la CRT sur ces plaintes ont eu lieu les 14 et 28 janvier, 12 et 14
mars. Lors des premières audiences, le rédacteur en chef du
Journal de Québec, Serge
Gosselin, a déclaré sous serment qu’il n’estimait «pas pertinent» de savoir qui sont les
auteurs des articles provenant de Canoë et publiés dans son
quotidien en lock-out. D’autre part, dans son témoignage Sylvain
Chamberland a expliqué que c’est à la demande de Pierre Karl
Péladeau lui-même qu’il a lancé son agence à la fin mai 2007, soit
un mois après le début du lock-out.
D’autre part, le 5 février 2008, le Journal de Québec, le portail Internet
Canoë et le journaliste de Canoë Hubert Lapointe ont plaidé non
coupables à des accusations criminelles pour avoir, l’été dernier,
divulgué le nom d’une victime d’agression sexuelle malgré une
ordonnance de non-publication de la Cour. Cette affaire reviendra
devant le tribunal le 15 avril. Hubert Lapointe est l’une des 17
personnes visées par les plaintes sur l’emploi de scabs.
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