2008-03-24
21:10:14Communiqué
Poursuite des audiences
sur l’utilisation de scabs
au Journal de
Québec
Quebecor ne veut plus d’audiences publiques
Québec, le mardi 25 mars 2008
– Vendredi, dans la poursuite des audiences sur
l’utilisation alléguée de scabs au Journal de Québec, il est à prévoir
que Quebecor demandera une ordonnance de non-publication. C’est en
tout cas ce qu'ont appris les procureurs syndicaux. Une telle
ordonnance, si elle était accordée par la Commission des relations
du travail (CRT) du Québec, aurait pour effet d’interdire aux
différents médias de couvrir cette facette du lock-out au
Journal de Québec,
lock-out qui dure depuis plus de 11 mois.
Le porte-parole des 252 syndiqués en conflit au Journal de Québec, Denis Bolduc,
rappelle que le procureur de l'agence Nomade, créature de Quebecor,
a déjà tenté, sans succès, d’obtenir une telle ordonnance lors de
l’audience du 12 mars. Il déplore qu’un «groupe de presse comme Quebecor Media
veuille écarter les autres médias des délibérations tenues à la
CRT».
Denis Bolduc trouve pour le moins étonnante cette prise de position
de Quebecor. «Qu’est-ce que
Quebecor veut cacher?», s’interroge-t-il. Et tous les articles anonymes que publie le
Journal de Québec depuis le début du lock-out? Après avoir créé de
toutes pièces ce conflit, Quebecor devrait au moins avoir la
décence de s’expliquer publiquement, sans cachette.»
Rappel du conflit au Journal de Québec
Les employés de bureau et de la rédaction du Journal de Québec sont sous le coup
d’un lock-out décrété par l’employeur le 22 avril 2007. Avant le
déclenchement du lock-out, aucun des trois syndicats n’avait
demandé de mandat de grève à ses membres ni même exercé de moyens
de pression. En solidarité avec leurs collègues jetés sur le
trottoir par la décision de Quebecor/Corporation Sun Media, les
employés de l’imprimerie ont voté la grève à 97%.
Aucun conflit de travail n’avait eu lieu depuis la fondation du
Journal de Québec en 1967.
Il y a environ deux ans, tous les employés syndiqués du
Journal avaient accepté de
reconduire la convention collective pour un an en partenariat avec
l’employeur pour mieux affronter son concurrent, Le Soleil, qui passait au format
tabloïd.
Au moment du déclenchement du conflit, le Journal de Québec dégageait des
profits nets annuels d’environ 25 millions de dollars et était le
numéro un dans son marché.
Selon les données de l’Audit Bureau of Circulations (ABC)
(organisme spécialisé dans l'évaluation de la distribution des
quotidiens partout sur le continent nord-américain), au moment de
l’annonce du lock-out le Journal
de Québec était celui qui avait connu la plus forte
progression au Canada (soit 2,5%, pour la période de six mois se
terminant le 31 mars 2007, du lundi au vendredi pour les quotidiens
de plus de 100 000 exemplaires).
La brutalité de ce lock-out, malgré la très grande profitabilité de
l’entreprise, fait dire aux syndiqués que Quebecor/Sun Media
pratique à leur endroit du «terrorisme économique».
Aucun piquet de grève n’a été érigé par les syndiqués depuis le
début du lock-out.
Depuis le 24 avril 2007, les employés en conflit publient et
distribuent cinq jours semaine 40 000 exemplaires du MédiaMatinQuébec, un quotidien gratuit
qu’ils ont créé, pour rappeler leur cause à la population de
Québec. Quebecor/Corporation Sun Media a entrepris plusieurs
recours judiciaires pour empêcher la publication du MédiaMatinQuébec. Toutes ces démarches
ont échoué.
Malgré le conflit, le Journal de
Québec continue d’être publié. Il est imprimé principalement
à Mirabel plutôt qu’à Québec.
Dans une décision rendue le 23 août 2007, en application de
l’article 109 du Code du
travail du Québec (dispositions anti-scabs), la Commission
des relations du travail (CRT) du Québec a ordonné à la direction
du Journal de Québec de
cesser de recourir aux services de quatre personnes qui
remplissaient les fonctions de salariés en conflit.
De nouvelles plaintes concernant l’utilisation de travailleurs
illégaux ont été déposées par les syndicats en octobre et novembre
2007. Au total, ces plaintes visent 17 personnes. Des audiences de
la CRT sur ces plaintes ont eu lieu les 14 et 28 janvier, 12 et 14
mars. Lors des premières audiences, le rédacteur en chef du
Journal de Québec, Serge
Gosselin, a déclaré sous serment qu’il n’estimait «pas pertinent» de savoir qui sont les
auteurs des articles provenant de Canoë et publiés dans son
quotidien en lock-out. D’autre part, dans son témoignage Sylvain
Chamberland a expliqué que c’est à la demande de Pierre Karl
Péladeau lui-même qu’il a lancé son agence à la fin mai 2007, soit
un mois après le début du lock-out.
D’autre part, le 5 février 2008, le Journal de Québec, le portail Internet
Canoë et le journaliste de Canoë Hubert Lapointe ont plaidé non
coupables à des accusations criminelles pour avoir, l’été dernier,
divulgué le nom d’une victime d’agression sexuelle malgré une
ordonnance de non-publication de la Cour. Cette affaire reviendra
devant le tribunal le 15 avril. Hubert Lapointe est l’une des 17
personnes visées par les plaintes sur l’emploi de scabs.
Les enjeux du lock-out
Les enjeux de ce conflit sont multiples. N’en mentionnons que
quelques-uns. Pour les employés de bureau, ce sont surtout des
questions de sous-traitance et de délocalisation des emplois. Pour
ceux de l’imprimerie, c’est l’établissement de conditions
salariales différenciées. Pour les journalistes et photographes,
c’est la redéfinition même de l’exercice de leur profession qui est
dans la balance, une bataille pour la qualité de l’information et
la liberté de presse. À tous les groupes d’employés, l’employeur
demande de faire passer la semaine de travail de quatre jours à
cinq jours semaine sans compensation.
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