2008-02-20 09:50:58Communiqué

Le lock-out au Journal de Québec dure maintenant depuis 10 mois

Québec, le mercredi 20 février 2008 – Vendredi, le conflit de travail au Journal de Québec entrera dans son onzième mois. Aucune reprise des pourparlers entre les parties n’est envisagée pour le moment par le conciliateur nommé par le ministère du Travail. Le 2 mars, le lock-out au Journal de Québec deviendra aussi le plus long conflit à survenir dans un quotidien francophone au Canada, dépassant en durée celui du Soleil en 1977-1978.

D’autre part, le MédiaMatinQuébec publie aujourd’hui son 200e numéro. Le quotidien gratuit distribué à 40 000 exemplaires par les syndiqués est le principal moyen de pression des travailleurs.

Selon le porte-parole des 252 travailleurs du Journal de Québec, Denis Bolduc, ce moyen de pression pourrait prendre encore plus d’ampleur. «Nous examinons présentement plusieurs scénarios. Compte tenu de l’intérêt toujours grandissant du public pour notre quotidien, je ne vous cache pas que nous examinons présentement plusieurs possibilités comme l’augmentation du tirage ou encore l’ajout de nouveaux points de distribution. D’ailleurs, notre publication régulière est de 24 pages, mais dans les derniers mois, souvent nous avons eu des éditions de 28, 32 et même 36 pages.»

Les employés de bureau et de la rédaction du Journal de Québec sont sous le coup d’un lock-out décrété par l’employeur le 22 avril. Avant le déclenchement du lock-out, aucun des trois syndicats n’avait demandé de mandat de grève à ses membres ni même exercé de moyens de pression. En solidarité avec leurs collègues jetés sur le trottoir par la décision de Quebecor/Sun Media, les employés de l’imprimerie ont voté la grève à 97%.

Lock-out par-dessus lock-out
La méthode forte, celle qui consiste à mettre ses employés à la rue pour forcer des concessions, est une habitude pour Quebecor Media. Dans les dix dernières années, soit depuis le décès du fondateur Pierre Péladeau père, l’entreprise a mis ses employés syndiqués en lock-out à neuf reprises.

Par comparaison, on peut se demander combien de lock-out ont eu lieu du temps où le père Péladeau était toujours vivant. Réponse : de 1987 à 1997, soit pendant les dix dernières années de sa vie, trois lock-out ont été décrétés et tous au Journal de Montréal en 1993-1994. Qui menait les négociations patronales au Journal de Montréal à cette époque? Pierre-Karl Péladeau, l’actuel président de Quebecor.

Voici la liste des lock-out survenus dans l’empire Quebecor dans les 15 dernières années et qui portent tous la même signature.

Journal de Montréal (Préparation)
19 septembre au 6 février 1994

Journal de Montréal (Pressiers)
11 octobre 1993 au 8 mars 1994

Journal de Montréal (encarteurs, expédition, deux accréditations)
11 octobre 1993 au 17 mars 1994*

Vidéotron Télécomm 78 jours 112 travailleurs
30 avril au 16 juillet 2002

Vidéotron Montréal* 360 jours 1800 travailleurs
8 mai 2002 au 2 mai 2003

Vidéotron Québec* 360 jours 313 travailleurs
8 mai 2002 au 2 mai 2003

Groupe TVA Montréal* 7 jours 7 travailleurs
3 au 9 juillet 2003

Groupe TVA Estrie 67 jours 6 travailleurs
30 janvier au 5 avril 2004

Journal de Montréal (Vendeurs) 36 jours 44 travailleurs
9 février au 15 mars 2004

Journal de Montréal (Pressiers)** 114 jours Plus de 100 travailleurs
22 octobre 2006 au 12 février 2007

Journal de Québec (Bureau) ? jours 68 travailleurs
22 avril 2007 à ce jour

Journal de Québec (Rédaction) ? jours 69 travailleurs
22 avril 2007 à ce jour

• * Lock-out et grève
• ** Lock-out déclaré illégal par le tribunal

La gestion par le conflit
Cette agressivité administrative ne semble pas viser uniquement les groupes syndiqués. Le style de direction de Pierre-Karl Péladeau fait régulièrement l’objet de remarques peu élogieuses dans les médias.

À titre d’exemple, lors des récents déboires de Quebecor World (QW), on pouvait lire dans le quotidien financier et économique britannique, Financial Times (FT), que la façon de gréer de Pierre-Karl Péladeau avait souvent été citée comme une des sources des problèmes de QW. Le FT rappelait aussi que QW avait eu six PDG en 10 ans. («But Mr Peladeau's headstrong management style is often blamed for contributing to Quebecor World's troubles. The company has had six chief executives over the past ten years.» Financial Times London Ed1COMPANIES - INTERNATIONAL, Tuesday, January 22, 2008, p. Page 25)

Dans un autre article, le FT citait un dirigeant d’une compagnie de câblodistribution qui mentionnait que la devise de Pierre-Karl Péladeau semble être «Mettez à la porte tous ceux qui ont de l’expérience.» («But Pierre-Karl's tenure has been marked by a succession of upheavals. The respected head of one cable-TV operator acquired by Quebecor remarked that Pierre-Karl's motto seemed to be: "Fire all those who have experience." Indeed, the printing group has run through six chief executives in 10 years.» Financial Times Asia Ed1 OBSERVER, Tuesday, January 22, 2008, p. Page 10)

Plus près de nous, le Toronto Star écrivait que Quebecor est une «porte tournante pour des PDG de talent qui perdent la faveur de PKP». («The problems here are entirely familial. Quebecor is famously a revolving door of talented executives who have fallen out of favour with "PK" – Pierre Karl Peladeau.» Site Internet Toronto Star, http://www.thestar.com/columnists/article/297934)

Ces prises de position extrêmes ne surviennent pas uniquement envers ses employés. On se rappellera que l’an dernier, l’attitude de Quebecor dans le dossier du Fonds canadien de télévision (ou fonds des câblos) avait soulevé la colère d’à peu près tous les acteurs du domaine de la production télévisuelle. À la suite de cette controverse publique, Quebecor a intenté une poursuite de deux millions de dollars à l’endroit d’un patron de Radio-Canada qui avait qualifié ce comportement «de voyou».

Rappel du conflit
Depuis la fondation du Journal de Québec en 1967, aucun conflit de travail n’avait eu lieu. Il y a environ deux ans, tous les employés syndiqués du Journal avaient accepté de reconduire la convention collective pour un an en partenariat avec l’employeur pour mieux le concurrencer son concurrent, Le Soleil, qui passait au format tabloïd.

Depuis le 24 avril 2007, les employés en conflit publient et distribuent cinq jours semaine le MédiaMatinQuébec, un quotidien gratuit, pour rappeler ébecleur cause à la population de Québec. Quebecor/Corporation Sun Media a entrepris plusieurs recours judiciaires pour empêcher la publication du MédiaMatinQuébec. Toutes ces démarches ont échoué.

Malgré le conflit, le Journal de Québec continue d’être publié. Il est imprimé principalement à Mirabel. Dans une décision rendue le 23 août 2007, en application de l’article 109 du Code du travail (dispositions anti-scabs), la Commission des relations du travail (CRT) du Québec a ordonné à la direction du Journal de Québec de cesser de recourir aux services de quatre personnes qui remplissaient les fonctions de salariés en conflit. De nouvelles plaintes concernant l’utilisation de travailleurs illégaux ont été déposées par les syndicats en octobre et novembre 2007. Au total, ces plaintes visent 17 personnes. Des audiences de la CRT sur ces plaintes ont eu lieu les 14 et 28 janvier. Elles se poursuivront les 12 et 14 mars. Lors des premières audiences, le rédacteur en chef du Journal de Québec, Serge Gosselin, a déclaré sous serment qu’il n’estimait «pas pertinent» pour lui de savoir qui sont les auteurs des articles provenant de Canoë et qui sont publiés dans son quotidien en lockout.

D’autre part, le 5 février, le Journal de Québec, le portail Internet Canoë et le journaliste de Canoë Hubert Lapointe ont plaidé non coupables à des accusations criminelles pour avoir, l’été dernier, divulgué le nom d’une victime d’agression sexuelle malgré une ordonnance de non-publication de la Cour. Cette affaire reviendra devant le tribunal le 15 avril. Hubert Lapointe est l’une des 17 personnes visées par les plaintes sur l’emploi de scabs.
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